Gérard Crovisier
Au cours de trois ouvrages, L'effet sophistique, Sur la nature ou sur l'étant et, en collaboration, Dictionnaire des intraduisibles (2004), Barbara Cassin soutient la sophistique contre le philosophique. Leur opposition naît pratiquement en même temps que la philosophie grecque.
Parménide écrit « rien n'est pas », mêden d'ouk estin, où mêden est le rien radical, prohibitif, qui ne donne aucun sujet à ouk estin. Gorgias lui répond « n'est rien », ouk einai ouden, où ouden est un rien factuel, non modal. Si le néant n'est pas, l'étant non plus. Pour B.Cassin, « Seul le cas du non-être permet de prendre conscience du cours du discours et de la différence normalement inscrite dans l'énoncé d'identité: c'est le « n'est pas » qui doit devenir la règle du « est ». » Environ deux millénaires plus tôt, les Egyptiens développaient deux non-existants différents: l'un, absolu précédant tout existant, Créateur compris; la mort de l'ennemi ne suffit pas à le rendre inexistant, puisque reste l'au-delà, le monde souterrain d'Osiris; une expulsion du monde existant est nécessaire dans des « lieux d'annihilation » (L'un et le multiple); l'auteur, Hornung, est allemand, je ne sais s'il emploie l'Ausstossung de Freud; l'autre non-existant se traduit par « quand... n'était (avait) pas encore... » et présente un potentiel de fertilité, de renouveau, donc différent de la porte des enfers « qui avale ceux qui n'existent pas». Pour conclure sur le sophisme, B.Cassin promeut le Witz freudien comme nouveau Traité du non-être (Gorgias): « Cela devient très drôle, avec ce que ce mot, drôle, peut comporter de résonances étranges » (Lacan).