Dans l’invention des lettres à propos des discours, Lacan apporte, il me semble aussi, une manière de faire avec le « savoir ». Il l’appelle S2 dans la prise en compte globale que permet la topologie psychanalytique, (qui fait souvent pour l’extérieur confusion voir amalgame) qui tient à l’organisation de la structure selon une formalisation des lois propres à l’ensemble des éléments.
Cette lettre S2 renvoie dans la langue à l’organisation métonymique des signifiants dans leur rapport à la référence. C’est dans la suite, dans la compréhension du signifiant d’avant que se joue celle du signifiant d’après. Ce qui fait sens c’est toujours une « chaîne associative », et la logique de l’inconscient n’impose jamais une logique de la référence, mais la soumet aux lois de la constitution d’un ensemble.
Mais dans l’expansion du concept, son extension, on pourrait dire, ce S2 vient aussi à signifier, selon l’ensemble considéré, le savoir, (à savoir la chaine associative où ce signifiant fait sens) et dans ce texte, il est aussi élargi à la compétence.
La compétence est un savoir, qui se targue d’une adaptation à une réalité qu’il pense efficace quant à un acte. Cette adaptation entre le savoir et l’acte est par définissable en termes de signifiants qui vont renvoyer à une référence précise. Cette logique même ne peut se pratiquer que dans un cadre, c’est à dire en lien avec des limites.
Les limites me semblent tout simplement pouvoir être pensées selon les diplômes qu’organisent l’université française, et grâce aux formulations de Lacan, ces limites pourraient être pensées selon les différentes discours (et les différences savoirs).
Plus concrètement dans l’éducation nationale, certains à partir d’une organisation étatique, (discours du maître) s’arrogent au nom de la puissance de l’état, la puissance sur les compétences. C’est un abus de pouvoir, et un abus de pouvoir ordinaire qui traverse toute l’éducation nationale.
Il est ainsi possible de lire la plupart des difficultés dans la classe d’enfants à partir de cet abus qui, d’une évidence de politique démocratique partagée par tous, fabrique une évidence du savoir, qui se résoud, dans la réalité, en une évidence des compétences de « tout professeur » à toute discipline, et surtout à la discipline de la psychologie. Dans une certaine mesure, en effet, la psychologie garde comme référence de ses concepts l’expérience ordinaire de chacun avec soi-même. Evidemment ce n’est qu’une pente, mais on la retrouve sans cesse, dans les rapports avec l’institution scolaire.
En effet, dans cette confusion, se profile sans cesse aussi, un « bien adapté » qui provoque, une « bonne manière » psychologique d’être, à chaque moment de la vie psychique d’un enfant. Ainsi une institutrice peut « penser », à son sens de manière légitime, qu’une enfant qui dessine toujours avec du « noir » est triste. Au delà de la simplification à outrance du rapport entretenu entre le « noir » et le « triste » (qui ma foi n’est qu’un avis culturel relativement partagé) il y a aussi une limite transgressée entre la réalité de cet enfant et peut-être son symptôme, qui tient à cette évidence refoulée, qu’un enfant « ne devrait pas être triste. »
Le problème aujourd’hui, tient au fait que cette normalité est en quelque sorte légitimée par l’organisation d’une éducation nationale, et surtout qu’elle n’est même pas pensée par l’institutrice en question. Donc, là dessus, il n’est pas possible de l’interroger, ou si peu !
Il me semble que l’on pourrait penser ces abus ordinaires sous la forme non seulement d’une confusion des discours, mais d’une confusion des actes d’un discours à l’autre.