Jeanne Lafont
A propos d’un article de Courrier international du mois de septembre 2009 (n°986)
Le journaliste, Tom Green Wood, du South China morning post, quotidien de Hong Kong, admire la tolérance de la société thaïe pour les « katoey ». Ce sont des hommes, qui souvent dès l’âge de 14 ans, prennent des traitements pour se transformer en femme, et vivre leur vie sous une identité féminine. Ils parlent alors de la religion bouddhique : « Les livres sacrés [du bouddhisme thaï] dénombrent non pas deux mais quatre sexes. Le troisième est hermaphrodite, et le quatrième, le plus proche du katoey, correspond à un homme qui dévie de la norme hétérosexuelle ».
Bienvenue à cette tolérance de la société, même si elle démontre plutôt que les lieux de l’intolérance sont différents des nôtres. S’il semble que ces « katoey » puissent vivre assez sereinement dans la société thaïe, il reste que leur changement de sexe n’est pas pris en compte par la loi, et les fichiers administratifs, ce qui leur occasionne des tas d’ennuis, quand ils voyagent…
Ma remarque porte plutôt sur une incise du journaliste, au décours de son article, qui me semble tout à fait intéressante pour nous, et pour les réseaux de transmission de la culture, et des idéologies, dont nous avons fait un des axes de notre travail.
En effet, il dit : « « Nous retrouvons Bell et trois de ses amies katoey dans un café de Siam Square à Bangkok. On croirait découvrir une version thaïlandaise de Sex and The City. » Faut-il rajouter que ces mots se référent à une série télévisée américaine qui retrace la vie sexuelle (et affective) de quatre jeunes femme new yorkaises. (Une blonde, une rousse, une brune et une changeante !)
D’ailleurs, une de ces « jeunes femmes » « revendique une affinité avec ses idoles » : « Nous partageons le même style de vie » dit-elle, prétend le journaliste qui cite le jeune thaï !
Quelle fiction, quelle mensonge, quel semblant… Que veut dire alors ce mot, « même » pour parler d’une fiction sur la vie new yorkaise, qui passe par la diffusion dans un autre continent, qui devient « idole » pour ces transsexuels, qui « revendique » :
« Nous ne sommes plus dans une société de l’image, nous somme dans une « même » image pour tous ! »
Le terme « d’idole », me paraît assez authentique. Il s’agit bien d’une référence à un Idéal, qui appartient à un autre monde, qui n’a d’existence que de « représentations », et dont il s’agit de croire qu’elles font valoir un « style » de vie. C’est une idole, et cet élément me paraît toujours aussi dénié dans nos réflexions, une idole créée, fabriquée, par la télévision.
Ce n’est pas le cinéma qui produit ce type de représentation.
Quant à la question des quatre sexes, ce nombre me convient beaucoup mieux que l’éventualité d’un troisième sexe. En effet, il n’y a aucune symétrie, dans notre dimension de l’inconscient, de plateforme commune qui serait habitée par les hommes qui deviennent femmes, et les femmes qui deviennent hommes ! Quatre, si on compte les transsexuels des deux sexes, c’est le bon nombre.