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Lecture
Lecture
Frédéric Dahan, le 03 décembre 2006
Suspends ta lecture (0)
S’il n’y avait le sens, le lecteur ne pourrait se déprendre de chaque mot de la phrase.
Chaque mot développerait sa conceptualité solipsiste -eu égard à la phrase qu’elle coupe et dont elle se sépare en se produisant- dans l’extension propre au lecteur.
Cette extension cesse en se raboutant avec le mot qui suit et qui cherche aussi à s’étendre.
Le temps de lecture d’une phrase serait celui du chemin qu’il faut à la rencontre de ces singulières extensions. Ce chemin est fait de points de croisement qui rassemblent les droites sécantes dues à l’extension conceptuelle de chaque mot.
Voici comment j’entends la lecture dans le sens commun et le temps qu’elle instruit :
Ce temps n’a lieu que si l’on arrête le mouvement extensionnel de chaque signifiant. Cet arrêt repose sur la nécessité de satisfaire à l’appel du signifiant qui suit dans la phrase pour la lire.
Cet arrêt fait le sens.
Cet arrêt fait bord au temps. Il l’assigne exclusivement à de la durée.
Le temps est bordé du sens.
Lire c’est s’approcher du bord quand on vient du sens.
Lire c’est se laisser déborder par le sens de l’écrit où l’auteur a exprimé un point de vue.
Suspends ta lecture vers un autre lire.
Lire c’est se décrocher du bord de la phrase lue d’où le mot ne peut qu’être saisi. Car sans la phrase, le mot ne pourrait exprimer son extension au lecteur.
Ici, le lire provient du mot que le lecteur a décidé de couper de la phrase.
En ce sens, la phrase est plus délue que lue.
Lire de cette coupure, c’est rabouter, dans l’après-coup de la coupure, la phrase par les points de rencontre de chaque série extensionnelle d’un signifiant. Cette rencontre fait des signifiants de la phrase, une dialectique singulière du temps.
Cette dialectique produit le sujet lecteur d’un écrit dont le sens n’appartient qu’à lui.
Pourtant il sait qu’on ne doit son lire qu’à cette écriture.
Comment c’est qu’on ment ; il faut au lire ne donner que cet objet : la raison de cette dialectique du temps est structurée comme une écriture : topologie de l’effacement.
L’écriture produit les effets (en dérivation pour un lecteur) d’un chemin qui a rassemblé les extensions conceptuelles propres à l’auteur. Ce chemin, comme saisie de la raison dialectique du temps, nécessite un lecteur qui déblaie le vouloir dire de l’auteur et du lecteur. L’écriture est cette séparation impossible au dire.
L’auteur n’a ni origine ni sens.
Il ouvre au temps du lire que supporte le lecteur. Ce temps dissout continûment la limite qu’est la durée.
Ainsi quand s’écrit la raison de l’inconscient (événement d’avant 1900, nommé Science des rêves.), se lit que c’est le temps qui produit le sens. Se lit le temps comme coupure.
Le temps est un acte de coupure avec le sens qu’il produit.
C’est cet acte qui fait le destin du lecteur auquel s’adresse l’écriture.
Cet acte du lecteur défixe les points de son histoire dans un chemin qui n’appartient plus au sens de l’histoire. L’histoire du récit lu s’en trouve pas moins abolie. Nonobstant les points qui la structurent en l’évidant des sens.
Restent les points d’une écriture du temps structure .