Numéro 3 (Archives) >> Lecture

Suspends ta lecture (1)

Frédéric Dahan
 
 
 
oh dit le lecteur
oh passage de l’être
suspends ta lecture
de cette fable ontologisante
et amante du camouflet
 
 
 
Il y a un réel de leur expérience que le discours des analystes camoufle.
Freud et Lacan y participent puisque c’est d’eux que ce camouflage tient comme discours.
Ce qui fait tenir ce discours c’est qu’y passe dans ce camouflage l’existence du réel.
 
Mais ce que ce discours ne dit pas, c’est l’essence de ce réel.
Car si ce réel est défini comme impossible, c’est de l’essence qu’il le tient.
 
Que dire alors de l’existence du réel qui ne tiendrait pas de l’essence ?
Comment concevoir cette séparation entre l’existence du réel et son impossible essence autrement que par la négation ?
 
Car revendiquer le non-être ou une anti-ontologie, c’est ramener l’existence du réel de l’expérience à une négation de celle-ci.
 
Cette existence du réel, dirait-elle que l’absence de l’être n’est pas une négation ?
Elle dit positivement : l’absence de l’être laisse l’existence à elle-même, soit la possibilité de persévérer dans sa fonction.
Sa fonction de structure structurante.
 
C’est dire que l’existence du réel est toujours différence absolue avec elle-même.
Elle est différence qui fait du dit. Et qui en fait errance qui cherche à s’enraciner dans l’être.
Même le dit qui cherche à pointer l’existence du réel, comme je le tente ici, est condamné à cet enracinement. Parce que même le dit le plus positif ne s’accueille que dans le non-être ou l’être, c’est-à-dire là où la part maudite du réel sera entendue comme une abstraction nihiliste qui sauve le lecteur du vide fonctionnel.
L’être du réel est donc religieux.
 
Les lumières assurées dans la structure de la psychanalyse énoncent que le vide dégage le sujet de l’angoisse où l’être laisse à désirer.
Comment ça passe, comment ce dégagement tient ? Sinon par la passion qui tient de ce dégagement.
Combien de fois Freud a revendiqué ne rien dire et a été entendu comme une négation qui abolit un plus-à-entendre : le rien du dire ?
Le discours de Freud ne tient pas par ce qu’il dit ou ne dit pas. Et il tient par cela même. Parce que ce discours nous renvoie à sa tenue sans aucun support reconnaissable. C’est cette absence de support tenant l’analyste qui me renvoie à la représentation d’un mouvement de passe continue qui est comment c’est qu’on dise. Cette passe continue pourrait s’appeler le temps s’il est séparé de l’être. Mais puisque le dit fait commencer l’être, alors faudrait-il se taire ?
Mais ce taire est la mort du discours. Et la mort du sujet qui s’est soutenu du vide de ce discours.
Ce discours est structure de la tierce personne ; il fait passer le dit du réel au réel et ne cesse pas de les séparer. Si c’est de cette séparation que ce discours existe, la tentation non-dupe du dit de cette séparation est nécessaire. Elle l’éclaire.
L’éclair révèle l’être sous l’absence d’être d’où proviennent les lumières. Parce que l’absence met en mouvement l’être vers un désêtre. Les lumières de l’analyse sont la raison de ce mouvement.
 
Le 04 janvier 2007


imprimer l'article
Revue électronique de l’association Dimensions de la psychanalyse

Accueil | Administration | réalisé par DSOL