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Redoublement dûment structuré

 
Frédéric Dahan
Juillet 2006
 
 
Redoublement dûment structuré
 
« Or n’est-il pas double qu’à donner dûment, il s’ensuit bien faire et bien œuvrer » Oresme, Ethique 103
 
Chez un analyste, il en va de son rapport au politique comme de son rapport à la vie.
Avec l’analyse, le malaise et l’horreur de la politique et de la vie sont intacts.
C’est qu’il n’y a pas de sortie de l’espace. Il y a une politique du Tout dans l’espace dont on ne peut s’extraire. Il n’y a donc pas d’espace qui ne soit pas politique.
L’espace politique est l’espace.
Assurément l’espace politique est constitué d’espaces d’enfermement : la culpabilité qui les soutient bouche le trou qui leur est consubstantiel.
D’où la difficulté et l’impossibilité d’avoir un point de vue qui diffère de l’opinion commune et savante. Parce que différer serait encore mentir en effaçant le menteur :
-         soit l’expression dernière de ce qui cause l’énonciation du discours commun
-         ou l’expression d’une équation : science = mensonge.
Il y a qu’avec l’analyse, le sujet se trouve transformé. Il fait confiance au dire sans se dédire du dit où règnent mensonge et vérité. Ce qui signifie mentir et trouer l’espace du dit. Ce sujet est autodérision de soi qui s’affirme comme trou. Autrement dit, il n’y a pas d’espace analytique. C’est un hors-lieu. L’analysant et l’analyste trouent ensemble l’espace.
L’analyse est un trou dans l’espace. Tout en lui étant extérieur.
Donc l’analyse est politique, bien qu’elle ne soit pas espace. Pas-tout du politique est espace.
 
Quant à l’espace, comment le dire dans cette tenue trouée ?
Le voisinage de l’espace est le trou ni intérieur ni extérieur. Voilà ce que nous enseigne l’analyse à l’endroit de l’espace.
Mais à l’envers, tout du voisinage du trou est-il l’espace ? Comment ne pas supposer qu’il y ait un autre trou dans le voisinage du trou de l’espace ? Et voilà le trou de l’espace rempli d’un autre trou. Ce qui assure le règne transcendantal de l’onto-théologie. Cet autre trou serait autre de n’être pas voisin de l’espace. Un Trou sans bord ? Un Trou sans bord, ça n’existe que dans la fiction qui le rend nécessaire.
Cette supposition nécessaire c’est la vie. Le nécessaire de cette fiction, c’est ce que révèle la fonction du redoublement. Et c’est l’analyste qui est le lieu tenant de ce Trou pour en faire saillir le fictif comme nécessité. Afin de se saisir de comment c’est pas ça.
1 . Donc il nous faut nous plier à l’hypothèse que l’espace et le trou, c’est de l’Un.
2. Et ce que fait valoir l’analyse, c’est la division de l’Un irreprésentable : comment c’est         qu’on ment.
Dans le hors-lieu du trou, dans le silence inaugural de la séance d’analyse, commencer fait valoir qu’on ment nécessairement. Le trou ne cesse pas de s’écrire dans les traits qui l’espacent de lui. Le trou fêle la lettre qui s’écrit. La structure fait le littoral et elle est à suivre dans sa fêlure ; là où je n’est pas, d’y advenir.
Comment donc trouer l’espace  avec ce redoublement du littoral ?
Comment trouer l’espace conformément au trou qui structure sa substance ?
Comment trouer cet espace en traçant notre hypothèse qui fonctionne comme axiome durant le temps qu’elle dure : le trou produit les espaces politiques et physiques en tant que ces derniers expriment des points de vue qui s’entendent dans des conceptions ?
C’est dire que l’espace ne se conçoit pas sans un concepteur. Les concepteurs ne se dessaisissent pas des conceptions et ne peuvent donc pas se départir de leur mensonge. 
Se dessaisir d’une conception, c’est réaliser que c’est la nécessité de la représentation et du sens qui matérialise mon rapport à l’autre. C’est pour ça qu’il n’y a de rapport à l’autre que du sens. C’est aussi réaliser que le sens est le tenant-lieu de l’existence du concepteur comme donateur de l’espace. Doit-on alors concevoir encore que Freud soit le concepteur de l’analyse, même si cela est tenu pour vrai avec raisons ?
L’analyse est un trou dans l’espace. Elle le troumatise de malentendus.
Dès qu’elle sort de son trou, l’analyse n’échappe pas à la conception de l’espace et reste oubliée. Peut-être y a-t-il à entendre, dans ce fil, que l’analyse est la pourvoyeuse de sens, qu’elle sature l’inflation du sens. Cette saturation du sens annihile le sens. Assurément l’analyse se fourvoie dans le nihilisme en le radicalisant.
Comment donc trouer l’espace avec l’analyse ?
Il faut se hâter pour précéder ce qui ne se donne pas d’avance dans le donné.
Ce qui ne se donne pas, c’est le trou.
De lui, rien n’est jamais donné d’avance.
C’est pour ça que dans l’analyse, il faut le donner comme il (en) convient au donné et à son ordre. Et c’est le travail de l’analysant qui produit le donné.
Dans l’espace politique, le trou, il est prétendument donné car il convient au donné et à son ordre. L’ordre de l’espace est un pourquoi ? Le donner ne se saisit pas du comment c’est donné. Il s’en remet toujours au donateur comme bouchon. Ça débouche toujours sur un impératif : comment c’est jouir !
L’acte y lit qu’on ment : c’est un ne plus jouir.
C’est dire que dans l’analyse, transmettre c’est boucher le trou et l’analyse.
Même en dehors de son lieu, de son trou, l’analyse ne peut être transmission mais est acte.
L’analyste ne s’efface pas derrière l’énoncé de son acte. Ce qui le rend bien seul.
D’abord parce qu’il n’est pas.
Ses façons de ne pas être ne s’opposent pas à l’être. Ce qui serait persister dans le diffère-ment.
Les façons de l’analyste de ne pas s’effacer de son acte font l’acte et singulièrement dans le style de tout analyste. Le style fait pas-science du tout. Le style est lecture après-coup de comment l’analyste reste un trou.
Car le style, ça lui échappe, ce que la science et l’anthropologie ne veulent pas entendre et ne supportent pas.
Le style ou l’acte comme l’adverbe est transformation : «  Partie invariable du discours qui modifie les verbes et les adjectifs… » Émile Littré. 
Comment parler d’une transformation invariable ? : tel est le défi du discours analytique quand il s’intéresse à la politique.
Dans le fil de notre question, ça se traduit ainsi ; comment mentir en dehors du trou ?
Puisque c’est de là que se structure comment dûment mentir.
L’analyste destitue l’être par son acte.
Son acte est redoublement de l’être par l’amour. Il conjoint l’être à l’amour en une lettre qui ne cesse pas de brûler. L’analyste fait fumée de tout bois. Il fume. Du temps dans l’analyse, la fumée signe de l’inconscient.
Fumiste, s’il désintoxique sans en avoir l’air, c’est qu’il n’en manque pas.
Menteur par excellence, il déploie sa structure. En se laissant doubler par le mensonge.
Car ce qui de la structure s’efface ne s’efface que d’elle. 
La structure c’est l’effacement non réduit à ce qui s’efface. C’est dire que la vérité est réductrice, même quand a été saisi que ce qui s’efface est une vérité.
Ça dit aussi comment dans les sciences dites humaines, on peut s’évertuer à effacer l’agent : un démenti de l’effacement perdure. « L’effaçons ! » du scientifique l’abandonne à croire que ça équivaut à l’effacement de structure. Ce qui constitue le nihilisme accompli chez l’homme moderne qui croit croire en rien. Car la version actuelle du mensonge réside dans la compréhension saturée du rien comme anéantissement de l’équivocité. Alors même que cette saturation du rien se nourrit d’un dégagement des invariants de la structure de l’acte scientifique qui reconnaît sa dette à l’endroit du freudisme. Voilà une première version de l’immersion de l’analyse dans le politique qui ne peut nous être indifférente tant l’aversion de l’analyse dans le discours du Maître est patente. Il suffit d’écouter ces savants post-structuralistes revendiquer que les invariants de leur acte doivent nécessairement s’intégrer dans l’Histoire. À commencer évidemment par l’histoire des sujets qui détermine leur acte et le freudisme, croit-on fièrement.
Comment alors ne pas collaborer à ce truisme sans en retenir l’indécence ?
 
C’est la raison pour laquelle Comment c’est qu’on ment  commence par la question du mensonge.
Comment entendre que l’analyste, menteur par excellence, se laisse doubler par le mensonge afin de déployer la structure du mentir ?
Nous tenons que ce redoublement est la structure comme effacement. Et que cet efface-ment est l’œuvre de la structure.
Du mensonge intrinsèque au dire du sujet, la division de l’analyste constitutive de l’acte provient. Sa cause nécessite que l’analyste – irréfutable menteur - se laisse dépasser et doubler. Je ne m’en tire pas du mentir, que la doublure dont je m’habille pour l’autre soit vraie ou fausse.
Alors mentir n’est-il pas coupé de tout horizon du mensonge et donc du vrai ?
Faut-il entendre par là que cet horizon d’équivocité constante est la matière que le mentir détruit ? Et que le mentir s’appuie de cette destruction selon la structure ?
Ça voudrait dire que l’acte se soutient de l’équivocité et que sa destruction conditionne la saisie d’une équivocité autre à venir. Que la transformation de l’équivocité dans sa destruction débarrasse le sujet du sens. Que le temps de l’acte est donc hors monde. (…)
Mais la politique n’est-elle pas depuis toujours scellée à un temps qui est un des sens de l’espace ?
De la surprenante complexité du kaïros grec, il ne reste que : le juste mot ment.
Comment pouvons-nous alors entendre et nous saisir de ce genre de questions au joint du champ de la politique?
Comment concevoir en effet que ça ne soit pas impossible en dehors de la séance analytique ?
Puisque celle-ci n’est qu’un trou avec porte dont les gonds ouvrent et ferment la tenue d’une mise en scène prescrite par le sujet sans qu’il le sache. Dans les turbulences du trou, seule la présence de deux corps lit le trou ni local ni global. L’analyste se laisse dûment mettre en scène selon cette prescription jusqu’à ce que cette dernière se transforme en fumée. Mais cette fumée tient à l’infini de n’être plus celle d’un objet qui enflammerait le sujet. Cette fumée fait signe du désir de l’analyste non identifiable.
Puisque dans le désir de l’analyste, de fumer, le sujet disparaît. Ou encore, si l’analyste paie de sa personne, c’est que dans l’acte, il ne s’efface pas.
Mais ce sujet disparu, du côté analyste, est le sujet du mensonge qu’il porte jusqu’à l’invraisemblable.
 
La matière de cette fumée est la division de ce que l’acte a conjoint dans son redoublement de l’Un.
 
 
 
Peut-être qu’il reste l’autodérision pour soutenir l’invraisemblable dans le champ de la politique ? Le sérieux de cette tenue pourrait-il révéler le mentir de la donation de sens ?
Qu’on mente dûment avec la censure échouée, le sens s’efface de la langue morte.
 
À la récurrente sentence de l’ontologie : « ça donne », peut-être s’agirait-il de substituer un : «  ça s’efface » ?
Alors ce qui s’effacerait dans l’espace, c’est le donateur.
Mais ce serait là soutenir, seul, un mentir au-delà du mensonge. Cet acte lit le mensonge : irréfutable symptôme qui décharite l’air du temps.
Mais le temps n’est-il pas toujours à substituer nécessairement au donné du trou (donné aboli par l’acte) une religion du trou ?
L’analyse est-elle condamnée à être vaincue par la religion ?
La religion serait-elle le mensonge que l’analyse doit redoubler pour trouer l’espace d’un appel du non-sens ?
Comment c’est lire la raison d’un échec : réel malentendu ?
 
Les théâtres de l’échec ne manquent pas.
A l’instant je lis, dans le Monde du 28 juillet 2006, le maire de Haïfa, Yona Yahav, qui s’exprime ainsi : « Vous savez pourquoi Haïfa est un modèle de tolérance en Terre sainte ? Parce que ni Jésus ni Moïse ni Mahomet ne se sont jamais arrêtés ici. »
Trou-ici-de… ?
 


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Revue électronique de l’association Dimensions de la psychanalyse

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