Numéro 4 >> Suspends ta lecture

Suspends ta lecture

   

Frédéric Dahan     

Paris, le 18 janvier 2008

 

Suspends ta lecture (2)

à quelques autres d’un cartel de lecture

 

«  Lanettier Damna  »

 

Telle est la dernière et unique séquence d’un rêve – à construire pour le lire :

« Un bout de papier sur lequel d’une écriture manuscrite, ces deux mots : Lanettier Damna. »

Dernière séquence qui interrompt le rêve et le sommeil. Mais aussi qui donne à lire en réveillant le sujet durant un certain temps. Avec la lecture qui fait ce temps, le sujet reste plongé dans le feuilletage unilatère de l’entre veille et sommeil... jusqu’à ce qu’il se réveille en sonnant le glas de l’oubli du lu. Mais avant ce glas, le temps est cette lecture feuilletée où la parole le profuse comme présent. Ce feuilletage est multiplication des dimensions de sens dans un même temps. Plus précisément, cette parole ne cesse pas de se diviser en d’innombrables sens dans un même moment.

Il y a là une évanescence fondamentale du sujet en tant qu’il ne se soutient que de la reconnaissance de cette division proférante. C’est-à-dire qu’il se laisse glisser sur des effets continus de sens-hors-sens. C’est ça qui fait le trou du présent.

Le présent fonctionne comme un point d’abîme où se précipitent les multiples équivocités effacées dans le continu de la parole. Cette précipitation vers le trou est le mouvement du lire. Il a lieu dans la soustraction d’une prise de sens. Car vouloir retenir du sens abolit la lecture.

 

Inversement, la condition de la lecture se soutient d’une soustraction du sujet dont le feuilletage entre veille et sommeil recèle les coordonnées.

Or cette séquence du rêve répète ce recel en déployant ses coordonnées : le sujet se soustrait d’une lecture où un signifiant a été retiré.

Entendez aussi que le sujet y est soustrait. Mais encore, que c’est le rêve d’une autre soustraction du même retrait. Car qu’est-ce qui lui est arrivé à ce sujet en train de se réveiller mais sans l’être ?

Il lui est arrivé des pensées qui tournaient autour de l’absence de nom pour nommer un objet. Or ce tourbillon de pensées continues du rêve comme précipitation vers le trou propose : - « Lanettier Damna » est le nom de cet objet.

Cet objet communément appelé et désigné étoile jaune révèle dans cette proposition ceci :

- Un signifiant a été et est représenté par un signifié pour l’objet - en quoi il consiste matériellement ! Mais où est donc passé le nom de cet objet et quel est-il ?

Peut-être que certains saisiront mieux l’extermination en jeu à substituer un point d’interrogation jaune comme signifié, objet et nom à étoile jaune. Tel est le point inaugural de l’horreur entrelacée dans l’étoile jaune comme simulacre de langage.

Horreur qui ne peut que se reproduire dans des effets de représentations acceptées et où c’est le rapport à l’autre qui, fondamentalement, se trouve aboli, pour tous - bien que différemment pour chacun…

Mais encore ceci : létoile jaune « métonymise » dans son noeud ce qui se trouve écrit dessus-dessous : juif. Double mouvement de retrait du nom de l’objet et de la « chose » dont l’objet tient sa fonction. Fonction qui s’étend désormais dans le doute d’avoir rêvé comme certitude intensive d’un Nom en retrait qui reste oublié comme un vol de la lettre.

« Là noeud t’y es, d’âme n’a » écrit la double soustraction de l’ombilic du lu de l’Un moins a.

 

 

 



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